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2 Responses

    1. Bonjour François,
      Si l’on considère “un principe métaphysique immanent [comme] un principe dont non seulement l’activité n’est pas séparable de ce sur quoi il agit, mais qui le constitue de manière interne”(Wikipedia : immanence), je pense que l’étude de commun est une activité qui s’intéresse à la valeur immanente. Le système d’irrigation ou les acteurs mobilisent un réseau de canaux collectifs d’irrigation est un commun immanent dans la mesure ou si l’irrigation disparaît, le commun n’existe plus.
      Le faire commun me semble-t-il demande de changer de point de vue et de se placer à l’intérieur du processus entrain de se faire. De ce point de vue là, le faire commun mobilise un ensemble de composants qui collectivement arrive à produire quelque chose qui a leur niveau individuel ne serait pas possible seul. En reprenant l’exemple de l’irrigation, sans l’action collective de construire les canaux, seuls les agriculteurs à proximité de la rivière pourraient irriguer. Un autre exemple en l’absence de règles collectives d’usages l’eau serai accaparée par les utilisateurs en amont du réseau.
      “Ce qui est transcendant est ce qui est coupé – au-delà – de ce que l’on admet communément être capable (humainement) de pouvoir penser” (Wikipedia, Transcendance), donc du point de vue des individus le faire commun implique une dimension transcendante dans certaines configurations.

      Pour revenir à notre propos, choisir entre immanence et transcendance implique véritablement de nous questionner sur la place que l’on prend en tant qu’observateur et repose la question de l’émergence et du sens. Si je suis en dehors du système que j’observe, le commun peut être considéré comme immanent par un observateur qui va chercher à identifier la fonction d’usage, commune à toutes les composantes. Et il faut avoir une posture transcendant dans ses tentatives de “perturber le système”.
      Inversement, en considérant l’observateur comme l’une des composantes, le faire commun peut être un processus émergent (émergence faible) pour lequel il n’a pas conscience du phénomène. Dans ce cas là il me semble que le faire commun est transcendant. Par contre si l’observateur est un composant du système et le faire commun est un processus émergent (au sens de l’émergence forte), alors il me semble que le faire commun redevient bien immanent. J’ai l’impression qu’il est alors intimement lié à la question du sens que les composants à leurs usages et aux effets de ceux-ci.

      Pour reprendre l’exemple que je prends dans la présentation sur les bergers. Peut être que l’on peut considérer la gestion de l’eau dans un faire commun qui serait transcendant : les règles traditionnelles d’accès à l’eau et la dynamique particulière de la ressource permettant de limiter au moins en partie le surpâturage (sans pour autant formaliser ce lien entre eau de surface et surpâturage). Cela m’amène à me questionner sur la nature sens à donné au lien de causalité qui fait passer d’un faire commun transcendant à un faire commun immanent (ou l’inverse) par le sens que les composantes peuvent donner à leurs actions. Est-ce que le glissement d’immanent à transcendant a lieu quand la règle est tellement intériorisée quelle ne fait plus sens vis-à-vis du système. La règle construit-elle alors un système auto-réalisateur qui se suffit à lui-même ? Est-ce que la règle doit être inlassablement questionnée pour continuer à faire sens ? Ce qui nous amènerait à redéfinir le rôle du passager clandestin, non plus comme faisant défaut au système, mais bien comme faisant partie du processus qui permet l’auto-réplication.

      Une question qui m’oblige à repenser la question de l’observateur, du sens et des règles. Donc merci beaucoup de l’avoir pausé.

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